L’Union des Aveugles de Guerre,
« Pour les Aveugles, par les Aveugles »

 

Créée le 18 décembre 1918 et reconnue d’utilité publique par décret du 9 avril 1921, l’Union des Aveugles de Guerre (UAG) a rassemblé, jusqu’à sa dissolution le 19 août 2015, près de 4 000 anciens combattants ayant perdu la vue au cours d'un conflit ou d'une opération extérieure, aveugles victimes civiles de guerre et militaires atteints de cécité par blessures ou maladies contractées en service en temps de paix.

Dès 1915, le président du conseil, M. René Viviani, demande à Eugène Brieux, académicien et auteur dramatique qui a manifesté à plusieurs reprises sa sympathie à l’égard des aveugles blessés au combat, d’organiser leur prise en charge dès leur entrée dans les hôpitaux. L’objectif est de regrouper les blessés aux yeux pour commencer leur rééducation (braille et dactylographie) et préparer leur reclassement social.

Buste d'Eugène Brieux

 

Avec l’aide de l’Association des Amis des Soldats Aveugles, il constitue un comité composé de petits groupes attaché à un hôpital, un service médical ou un centre d’hébergement des aveugles.

Après la signature de l’Armistice, il conseille aux aveugles de guerre de créer une association disposant de moyens efficaces et d’un réseau d’amitiés pour poursuivre l’action de son comité.

Ainsi, le capitaine Henri Izaac, un aveugle blessé en mai 1915, convoque le 18 décembre 1918 l’assemblée constituante de l’Union des Aveugles de Guerre. Le 1er janvier 1919,  l’UAG, forte de 3 000 adhérents, s’installe dans un petit appartement loué au troisième étage rue du Mont Thabor dans le 9ème arrondissement de Paris et se fixe trois buts essentiels :

- créer la maison des aveugles ;

- rééduquer les aveugles ayant la possibilité de travailler ;

- défendre les droits et les conditions matérielles des mutilés de guerre, et plus particulièrement des aveugles.

  1. La maison des aveugles

Un comité de patronage fut constitué sous la présidence du général Maunoury, futur Maréchal, lui-même blessé aux yeux et devenu aveugle à la fin de sa vie. En 1923, le siège de l’Union fut transporté rue Ballu (9ème arrondissement) dans un petit immeuble acquis grâce aux fonds recueillis par ce comité qui devint la première maison des aveugles blessés à la guerre.

Immeuble 25 rue Ballu

En 1936, la rue Ballu sera remplacée par un nouvel établissement, beaucoup plus grand et mieux adapté aux besoins de l’association, et situé 49 rue Blanche (9ème arrondissement). C’est un bel immeuble qui comporte, outre des bureaux et de nombreuses salles de réunion et de rééducation, un hôtel de 40 chambres avec un restaurant. La rue Blanche devient très vite le point de ralliement des aveugles de guerre provinciaux et étrangers de passage à Paris.

Immeuble 49 rue Blanche - côté cour et côté jardin

En 1992, est créé le Cercle de l’Union des Aveugles de Guerre pour accueillir dans l’hôtel et le restaurant de la rue Blanche des hôtes appartenant au monde associatif militaire et civil élargissant ainsi le champ d’action de l’association. C’était aussi le siège du « Livre parlé » qui, grâce à son studio et ses lecteurs comédiens professionnels a, de 1943 à 2008,  produit plus de 4 100 livres enregistrés sur disques 78 et 33 tours, remplacés à partir de 1975 par des cassettes.

Malheureusement, la diminution des ressources de l’UAG liée à celle démographique du nombre de ses membres ainsi que la lourdeur des investissements nécessaires au respect de la réglementation en termes de sécurité, ont conduit, en 2005, à la décision de se séparer de l’immeuble de la rue Blanche. Pendant les 10 dernières années, le secrétariat de l’association s’est installé dans des locaux mis à disposition par l’Union des Blessés de la Face et de la Tête (Les Gueules Cassées » dans son siège du 8ème arrondissement.

En plus de la possibilité offerte par leur maison parisienne, les aveugles de guerre et leur famille ont pu se retrouver pour des séjours de vacances dans les maisons acquises dès 1921 à Franceville (Calvados) puis en 1952 à Carnolès (commune de Roquebrune Cap Martin) et à Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales) en 1955. Pour les mêmes raisons que pour le siège, l’Association a dû se séparer progressivement de ses trois centres de repos dont les murs ont cependant résonné pendant de longues années des chants des camarades et des cris de leurs enfants !

Amélie-les-Bains - Maison des Tourelles

Maison de Carnolès

Maison de Franceville

  1. La rééducation des aveugles de guerre

Pendant les 20 premières années, la rééducation passera par l’apprentissage du braille et la création d’ateliers de vannerie, de brosserie et de tricot.

Les chaisiers

 

Les vaniers

Apprentissage de la dactylographie

A partir de 1942, l’UAG entreprend, avec le concours financier de l’Office National des Anciens Combattants et Victime de Guerre, la rééducation de très nombreux blessés. En effet, le second conflit mondial a généré près de 500 nouveaux aveugles de guerre, militaires et civils. Pour leur part, les guerres d’Indochine et d’Algérie ont provoqué, pour chacune d’elles, l’admission d’environ une centaine de camarades. En 1960, l’effectif était encore d’environ 2 000 membres. 

Jusqu’en 1970, des groupes de 25 à 45 jeunes blessés se sont succédé chaque année dans la Maison, 49 rue Blanche, où ils étaient hébergés. Ils y recevaient une formation au braille et à la dactylographie. Un certain nombre d’entre eux, suivant l’exemple de leurs aînés de la guerre 1914-1918 ont appris des métiers manuels tels que la brosserie, la vannerie ou la chaiserie. D’autres ont suivi des cours de standardiste ou de masso-kinésithérapie dans des écoles parisiennes. Quelques autres ont pu fréquenter les facultés, notamment celles de droit, d’histoire  et même de sciences.

Parallèlement aux actions de soutien à l’insertion par le travail, l’association a mis en place des activités de détente facilitant la réinsertion et l’épanouissement des aveugles, notamment à travers le sport, ski, course à pied et tandem. Ainsi de nombreux séjours, en France comme à l’étranger, ont pu être organisés avec le soutien des armées.

En collaboration avec les associations d’aveugles civils, l’UAG s’est impliquée pour favoriser l’insertion sociale des aveugles et le respect des droits des personnes handicapées. Ainsi, l’Union des Aveugles de Guerre fonde, en 1948 avec 3 associations d’aveugles civils, le Comité National pour la Promotion Sociale des Aveugles  et des Amblyopes, dont elle a assumé la présidence pratiquement pendant un demi-siècle. En 1951, l’Association participe à la création de l’Organisation Mondiale pour la Protection Sociale des Aveugles (devenue l’Union Mondiale des Aveugles en 1984), dont le poste de trésorier à été confié pendant
18 ans à son président. L’UAG contribue également en 1931 à la promotion de l’usage de la canne blanche imaginée par Mlle d’Herbemont, cette invention qui a permis aux aveugles du monde entier de pouvoir être identifiés et de se déplacer en sécurité dans les rues.

3) La défense des droits et conditions matérielles des aveugles de guerre 

Depuis la création de l’UAG, tous ses dirigeants n’ont eu de cesse de négocier avec les gouvernements successifs l’amélioration des pensions des aveugles et autres mutilés de guerre. En effet, même si la loi du 31 mars 1919 a établi le grand principe constitutionnel par lequel la Nation doit reconnaissance et réparation à tous ceux qui se sont engagés et ont combattu pour elle, et qu’elle doit protection et réparation aux victimes civiles, il a été nécessaire de mener d’autres formes de  combats pour obtenir une juste prise en compte de leurs besoins spécifiques. Pour unir leurs forces et démontrer leur détermination, les principales associations de mutilés ont créé en 1937 le Comité d’Entente des associations de Grands Invalides de Guerre qui continue encore actuellement son oeuvre auprès du ministère des armées. Une des fiertés de l’UAG est d’avoir réussi à obtenir l’instauration d’une majoration de pension versée à une veuve de grand invalide qui, du fait de sa nécessaire présence auprès de son époux n’a pu exercer une activité professionnelle et se constituer une retraite propre.

Grâce au relais de ses sections et délégations présentes dans les départements métropolitains et d’outre-mer ainsi que dans les territoires de l’Union Française avant leur indépendance, l’UAG a pu mener des actions de solidarité et d’entraide au profit de ses membres, des veuves et des enfants des camarades décédés.

Au milieu des années vingt, des premiers contacts sont établis entre aveugles de guerre français et allemands. Les relations, interrompues à partir de 1936, seront reprises au début des années cinquante à l’initiative des présidents Amblard et Cornu pour l’UAG et des présidents Ludwig et Sonntag pour le BKD (Bund des kriegsblinden Deuschlands). Ces liens tissés entre d’anciens belligérants placent les aveugles de guerre français et allemands à l'avant garde des actions de rapprochement engagées à cette époque entre les deux pays. A partir de 1966, les associations européennes d’aveugles de guerre, rejointes progressivement par celles d’autres pays du monde ayant connu des conflits au 20ème siècle, se sont regroupés au sein d'une organisation, l'Internationaler Kriegsblinden Kongress. Jusqu’en 2009, l'IKK a tenu un congrès tous les 3 ans au cours duquel étaient présentées les conditions de vie des aveugles de guerre dans les différents pays avec pour objectif d’améliorer la situation des plus défavorisés.

Le temps faisant son œuvre, il a été de plus en plus difficile de trouver au sein de l’UAG des aveugles de guerre en capacité de s’impliquer activement dans son administration, de la représenter dans divers organismes ou simplement participer à ses activités comme par le passé. Avec le transfert du patrimoine de leur association qu’ils ont décidé de dissoudre vers une Fondation qu’ils ont créé, les aveugles de guerre ont souhaité perpétuer le souvenir de l’UAG à travers une œuvre en parfaite harmonie avec leur devise « Pour les Aveugles, par les Aveugles ».  

Au moment de se pencher, peut-être pour la dernière fois, sur un siècle d’histoire, une compréhensible nostalgie peut envahir celles et ceux qui ont partagé cette belle et noble aventure. Heureusement, ce sentiment légitime est atténué par la gratifiante et réconfortante satisfaction du devoir accompli  envers tous ces hommes et femmes, militaires ou  victimes civiles, grands blessés des guerres de 14-18, du Rif, de 39-45, d’Indochine, d’Algérie, des opérations extérieures ou blessés en service, qui, grâce à l’Union des Aveugles de Guerre, ont repris espoir alors, qu’avec la vue,  ils pensaient avoir tout perdu !

 

 

* * *

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