Lauréats des bourses 2016 et 2017

Bilan des travaux du docteur Antoine Rousseau, lauréat 2016 

 

Unilatéralité des kératites herpétiques :

Une voie pour le développement d’une réelle stratégie préventive ?

Le virus Herpes Simplex de type 1 (HSV1) est responsable chez l’homme d’infections oculaires récidivantes unilatérales, en particulier de la cornée (kératites herpétiques). A force de récidives, les kératites herpétiques entraînent une opacification de la cornée, et représentent la première cause de cécité unilatérale d'origine infectieuse dans les pays occidentaux. Les traitements actuels, reposant sur les antiviraux, permettent de diminuer la fréquence et les conséquences des récidives, mais ne sont pas totalement efficaces. De plus, l'utilisation massive de ces traitements est responsable de l'émergence de résistances aux antiviraux. Enfin les différentes tentatives de stratégies vaccinales, reposant jusque-là sur des vaccins sous-unitaires, n'ont jamais donné de résultats.

Pour la presque totalité des patients concernés, les kératites herpétiques restent unilatérales au cours des récidives successives, alors que les études réalisées sur tissus prélevées lors d'autopsie ont montré que le virus est en réalité présent à l’état latent dans les deux ganglions trigéminés (des structures nerveuses sensitives proches du cerveau) qui sont les sites principaux hébergeant les virus latents et siège des réactivations de ce virus.

Il semble donc exister un phénomène particulier qui contraint un des deux ganglions trigéminés (TG) humains à être infecté de façon latente mais sans capacité de réactivation herpétique. Ceci a pu être reproduit dans un modèle animal, chez la souris, et les résultats obtenus suggèrent qu’une prévention efficace de l’herpès oculaire pourrait être obtenue à terme grâce à l'utilisation de virus inactivés.

Le modèle animal murin utilisé repose sur une inoculation de HSV1 par voie orale (pour reproduire la voie naturelle de primo-infection chez l’homme), qui entraine une infection latente dans les deux TG mais une infection oculaire uniquement du côté de l’inoculation. La séquence d’inoculation a été modifiée dans la présente étude, en inoculant les animaux d’un côté avec une souche de HSV1 et de l’autre côté avec une autre souche virale, puis nous avons analysé les capacités neuro-invasives et de réactivation des deux souches de HSV1 (génétiquement modifiées afin de pouvoir les distinguer).

L’inoculation d’une souche peu virulente de HSV1 d’un côté des muqueuses orales permet de prévenir l’infection induite par une seconde souche, pleinement virulente, inoculée de l’autre côté. Elle ne permet pas en revanche de bloquer les capacités de réactivation virale.

En revanche, l’inoculation d’une souche non neuro-virulente (atténuée) de HSV1 préalablement à celle d’une autre souche virale, sauvage et donc pleinement virulente, inhibe toute pathogénie aiguë de cette dernière, et bloque ses capacités de réactivation.

Ces résultats suggèrent que la primo-infection herpétique par voie orale (comme chez l’homme) entraîne très rapidement un état réfractaire de l’ensemble des neurones du système trigéminé vis à vis d’une surinfection herpétique, ce qui explique qu’un des deux TG soit, en conditions naturelles, impropre à générer des réactivations herpétiques cliniques.

Ces données permettent de mieux comprendre l’apparent paradoxe entre latence herpétique dans les deux TG et réactivations unilatérales. Elles ouvrent en outre la voie au développement d’une stratégie réellement préventive de l’infection herpétique récidivante.

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Projet de recherches du docteur Damien Guindolet, lauréat 2017

Dans sa séance du 17 mai 2017, le conseil d'administration de la Fondation, sur proposition du comité scientifique, a attribué la bourse 2017/2018 au docteur Damien GUINDOLET pour ses travaux portant sur la recherche de nouveaux traitements générant la survie et la multiplication des cellules souches chez des patients souffrant d'une brûlure oculaire sévère.

Résumé 

La cornée est la partie transparente située à l'avant de l'oeil. Les cellules les plus superficielles de la cornée constituent l'épithélium cornéen, sorte d'équivalent de l'épiderme de la peau. Ces cellules sont en renouvellement perpétuel grâce à la présence de cellules souches. Il faut un nombre suffisant de cellules souches pour maintenir un épithélium en bonne santé. Si ce nombre est trop bas ou que les cellules souches disparaissent complètement, le patient souffre de problèmes de cicatrisation, de douleurs ; la cornée s'opacifie, ce qui entraîne une baisse de vision profonde. Sans un épithélium cornéen en bonne santé, même une greffe de cornée, ne peut pas fonctionner et sera vouée à l'échec. On observe une destruction des cellules souches lors des brûlures de l'oeil par un produit chimique, lors d'un accident domestique (lessive par exemple) ou de travail ou lors d'agressions (gaz lacrymogène, etc...) ; cela survient plus souvent chez des personnes jeunes, et les conséquences sont dramatiques si les 2 yeux sont atteints.

Nous souhaitions identifier et développer de nouveaux traitements pour favoriser la survie et la multiplication des cellules souches chez des patients souffrant d'une brûlure oculaire sévère. Nous avons identifié une molécule, EMMPRIN, présente à la surface des cellules qui entraîne une fonte de la cornée quand l'épithélium ne cicatrise pas : mais étonnamment, cette molécule est aussi présente à l'état normal et il a même été démontré que cette molécule intervient dans le maintien du caractère souche des cellules. Comment expliquer ce phénomène ? "La glycosylation". La molécule EMMPRIN, avant d'arriver à la surface de la cellule, subit différentes transformations, notamment l'ajout de sucres à des endroits bien précis ; ces modifications modifient profondément la manière dont la molécule va pouvoir interagir avec d'autres molécules pour produire ses effets. Nous souhaitons évaluer les effets sur les cellules souches de modification de l'organisation des sucres sur EMMPRIN, c'est à dire si elles survivent et se multiplient mieux. Grâce à ces découvertes, nous serions en mesure d'améliorer la survie des cellules souches à la fois au laboratoire mais également chez nos patients souffrants de brûlures chimiques ou même d'autres maladies où elles sont en péril.

 

Remise officielle de la bourse 2017 au docteur Damien GUINDOLET

par le président de la Fondation, M. Pierre TRICOT, mardi 21 novembre 2017

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